Carlos Alcaraz peut-il assurer la relève du tennis espagnol ?

A tout juste 18 ans, Carlos Alcaraz attire l’attention de tous les observateurs du tennis. Alors qu’il commence à s’imposer sur le circuit, beaucoup voient déjà en lui un potentiel successeur à Rafael Nadal.

Révélé en 2020, confirmé en 2021

Joueur très précoce, Carlos Alcaraz attire l’attention dès 2018 en remportant son premier point au classement ATP à l’aube de ses 15 ans. Depuis, le jeune espagnol suit une progression constante : premier match gagné en Challenger en 2019, premiers titres Futures début 2020, premier match gagné sur le circuit professionnel en février 2020 à l’ATP 500 de Rio, puis premiers titres Challengers lors de la reprise du circuit.

Après avoir reçu le prix de révélation de l’année décerné par l’ATP, il se qualifie en début d’année pour l’Open d’Australie et remporte son premier match en Grand Chelem. Ce mois-ci, il remporte son premier match en Masters et parvient ainsi à se hisser dans le top 100 mondial, dont il est le benjamin.

Cette ascension folle au plus haut-niveau rappelle de bons souvenirs aux espagnols, et fait naître l’espoir d’un successeur digne de ce nom à Rafael Nadal. Car si le tennis masculin ibérique vient de connaître une période glorieuse grâce à sa principale vedette, il n’a cependant pas réussi à faire émerger de nouveaux champions

Nadal a-t-il caché les carences du tennis espagnol ?

Depuis son premier sacre à Roland Garros en 2005, Nadal concentre tous les exploits du tennis espagnol. Pourtant, de nombreux compatriotes de la même génération ont réussi à se faire une place au plus haut niveau : David Ferrer, Feliciano Lopez, Fernando Verdaco, Roberto Bautista-Agut, Tommy Robredo en sont les principaux représentants.

Ces joueurs aujourd’hui trentenaires – certains même retraités – ont tous participé à cette émulation du tennis espagnol. On retrouve ainsi régulièrement plus d’une dizaine d’espagnol dans le top 100 du classement ATP, avec même des pics à 15 joueurs en 2008 et 2015.

Mais malgré une génération riche en talents, peu d’entre eux ont réussi à s’imposer dans les principaux tournois. Outre Nadal, seul David Ferrer a réussi à s’imposer durablement dans le top 10 mondial.

On constate ensuite un certain trou générationnel dans le tennis ibérique, particulièrement entre Rafael Nadal et Carlos Alcaraz. Parmi les joueurs espagnols nés dans les années 90, Pablo Carreño-Busta est le seul à avoir tutoyé les sommets, avec notamment deux demi-finales à l’US Open.

Quelles sont donc les raisons de ce trou d’air ? Certains “accuseront” le Big 3 d’avoir cannibalisé tous les grands titres et d’avoir sacrifié une génération de joueurs. D’autres constateront certains manquements dans la formation espagnol, mais aussi un exil des coachs du pays très prisés par les joueurs d’autres nations.

Une nouvelle génération poussée par la fédération

Le tennis masculin espagnol n’a ainsi pas connu de période creuse depuis presque 30 ans, et la fédération espagnole a pris des mesures ces 5 dernières années pour se maintenir au plus haut niveau.

En reprenant les rênes du tennis espagnol, Miguel Díaz Román a pris des mesures pour soutenir de jeunes joueurs. Les bourses octroyées à ces jeunes athlètes sont ainsi passées de 80 000 euros en 2016 à 525 000 en 2020. Mais il a aussi aidé les tournois locaux, en particulier ceux des échelons inférieurs, à savoir les Futures et les Challengers. En multipliant le nombre de ces tournois en Espagne, cela participe à réduire les frais des joueurs locaux qui ont moins de déplacements à réaliser.

Ces mesures ont ainsi permis l’émergence d’une nouvelle génération qui éclot aujourd’hui au plus haut niveau : Alejandro Davidovich Fokina, Pedro Martínez, Jaume Munar ou encore Carlos Alcaraz.

Ce dernier considéré comme “la lumière pour le tennis de demain” a donc une lourde responsabilité sur ses épaules. Son principal obstacle dans sa carrière sera sûrement les joueurs de la Next Gen plus affûtés et habitués à jouer les membres du Big 3.

Pour progresser, il peut compter sur les services de Juan-Carlos Ferrero comme entraîneur. Mais il devra surtout affronter les plus grands pour entrer dans une nouvelle dimension.

Image, @ATPChallenger

Les éternels numéros 2 mondiaux du tennis

Tommy Haas numéro 2 mondial tennis

Depuis février 2010, le monde du tennis n’avait pas connu un nouveau numéro 2 mondial. 11 après, Daniil Medvedev est le premier joueur de sa génération à monter aussi haut dans la hiérarchie du tennis masculin. Il rejoint ainsi la prestigieuse liste de joueurs n’ayant jamais dépassé la deuxième place du classement ATP. Retour sur la carrière de ces joueurs qui ont tous marqué leur époque.

Guillermo Vilas – Numéro 2 pendant 60 semaines

Celui qui est resté le plus longtemps à la place de numéro 2 sans être numéro 1 mondial ne devrait sans doute pas figurer dans cette liste. C’est le sujet d’un documentaire Netflix – Guillermo Vilas – Un classement contesté – sorti en Octobre dernier, qui revient sur l’enquête menée par le journaliste argentin Eduardo Puppo dès 2007. Après des années de recherche et de calculs, il constate que Guillermo Vilas aurait dû occuper la place de numéro un mondial en 1975 et 1977.

Il est en effet difficile de croire que le joueur argentin ne l’ait pas occupé quand on voit ses résultats en 1977, où il remporte 16 titres sur le circuit dont 2 tournois du Grand Chelem (Roland Garros et US Open). Il parvient également à se hisser en finale de l’Open d’Australie et à signer le record du nombre de matchs gagnés consécutivement (46).

Malgré tout, Jimmy Connors restera devant Guillermo Vilas au classement. La principale raison est liée au rythme de publication des classements ATP, qui n’étaient pas mis à jour de façon hebdomadaire comme aujourd’hui.

Michael Chang – Numéro 2 pendant 49 semaines

C’est un autre vainqueur de Roland Garros qui figure parmi les numéros 2 mondiaux emblématiques. 7 ans après son sacre à la porte d’Auteuil, il atteint son plus haut classement en 1996 suite à une finale de l’US Open perdue face à son compatriote Pete Sampras. En cas de victoire, il aurait pu siéger à la place de numéro un.

Grâce à de bons résultats au début de l’année 1997 – demi-finale à l’Open d’Australie suivie d’une victoire à Indian Wells – il réussit à se maintenir à la seconde place pendant presque un an. Alors qu’il est le mieux classé des demi-finalistes de l’US Open 97, il manque une nouvelle fois la place de numéro un en se faisant éliminé aux portes de la finale par Patrick Rafter.

Michael Stich – Numéro 2 pendant 34 semaines

On retrouve ainsi un autre Michael parmi les “meilleurs” numéros 2 mondiaux. Lui aussi a remporté un titre du Grand Chelem au cours de sa carrière (Wimbledon en 1991), mais ne parviendra à la seconde place qu’en novembre 1993, année où il remportera 6 titres dont 2 Masters 1000.

Si le joueur allemand finit l’année à 683 points du 1er, il sera vite distancé dès le début de l’année suivante où il sera éliminé au premier tour de l’Open d’Australie alors que le numéro un mondial – Pete Sampras – remportera le tournoi. Quelques mois plus tard, après une finale à l’US Open, Michael Stich réussira à redevenir numéro 2 en 1994 pendant 3 semaines.

Ken Rosewall – Numéro 2 pendant 32 semaines

Né en 1934, Ken Rosewall est le doyen des numéros 2 mondiaux. Avec plus de cent titres ATP – dont 8 victoires en Grand Chelem – il fait partie des joueurs de tennis les plus titrés de l’histoire.

Sa carrière de joueur ayant duré 30 ans, il a ainsi connu la transformation du tennis d’un sport amateur à un sport professionnel. En ayant remporté l’Open d’Australie à l’âge de 37 ans, il reste à l’heure actuelle le joueur le plus âgé à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem.

Cette longévité exceptionnelle ne lui a cependant pas permis d’atteindre la place de numéro un mondial. Lors de la sortie du premier classement ATP en 1973, le joueur australien avait déjà 38 ans. Un an plus tard, il réussit à se hisser en finale de Wimbledon et de l’US Open, mais est battu sèchement battu par le numéro un de l’époque, Jimmy Connors.

Embed from Getty Images

Goran Ivanisevic – Numéro 2 pendant 18 semaines

S’il n’a jamais été en tête du classement ATP, Goran Ivanisevic est cependant le numéro 2 mondial le plus “riche”, grâce à ses 19 millions de dollars de gains en carrière.

Le joueur croate se hisse pour la première fois à la place de numéro 2 en 1994 suite à sa seconde finale de Wimbledon. Il refait une courte incursion à cette place en 1997 pendant 3 semaines, mais reste loin derrière Pete Sampras qui dominait le circuit à cette époque.

Il reste le joueur croate le mieux classé de l’histoire, son compatriote Marin Cilic n’ayant pas dépassé le troisième rang mondial.

Petr Korda – Numéro 2 pendant 14 semaines

En remportant l’Open d’Australie en 1998 – son seul titre du Grand Chelem – Petr Korda était tout proche du précieux sésame. Malheureusement pour lui, il a perdu les 4 matchs qui l’auraient sacré numéro un mondial en cas de victoire.

Au tournoi d’Antwerp, il a même été à seulement un set de la place de numéro un face à Karol Kucera. Lors des mois suivants, il échouera donc encore à 3 reprises, notamment face au Chilien Marcelo Rios, qui en profitera pour devenir numéro un à sa place.

Suite à ces opportunités manquées, le joueur tchèque sera suspendu pour dopage la même année après le tournoi de Wimbledon. Après un an de suspension, il ne parviendra pas à relancer sa carrière et à revenir au plus haut-niveau.

Magnus Norman – Numéro 2 pendant 6 semaines

Si Magnus Norman ne s’est maintenu dans le top 10 mondial pendant seulement une année, cela lui aura suffit à occuper pendant un mois et demi la place de numéro 2.

Alors qu’il entre dans le top 15 mondial fin 1999 à l’âge de 24 ans, il enchaîne les performances l’année suivante : demi-finale à l’Open d’Australie, victoire au Masters de Rome et finale à Roland-Garros.

Mais ses blessures ne lui permettent pas de se maintenir au plus haut-niveau, et doit mettre un terme à sa carrière à l’âge de 27 ans.

Tommy Haas – Numéro 2 pendant 6 semaines

Dernier numéro 2 mondial en date jusqu’à Daniil Medvedev cette année, Tommy Haas est le seul de cette liste à ne jamais avoir atteint une finale de Grand Chelem. Il atteint la seconde place mondiale du circuit en mai 2002, après notamment une demi-finale à l’Open d’Australie et une finale au Masters de Rome.

Mais le mois suivant un événement tragique vient perturber son ascension tennistique : ses parents sont victimes d’un lourd accident de la circulation. Avec son père dans le coma pendant plusieurs mois, le joueur allemand s’éloigne des terrains pendant une bonne partie de l’été 2002, et ne jouera aucun match l’année suivante à cause d’une blessure à l’épaule.

Il revient sur le circuit en février 2004 alors qu’il n’est plus classé et parvient à se hisser à la 17e place mondiale en fin d’année.

Arthur Ashe – Numéro 2 pendant 4 semaines

Doyen des numéros 2 mondiaux – et le seul qui a disparu à ce jour – Arthur Ashe fait partie des légendes du tennis. Au même titre que Ken Rosewall, il aurait certainement dû être numéro un mondial, mais les premiers classements ATP sont apparus lors de la fin de sa carrière.

Numéro 2 mondial en 1976, il a cependant été honoré de prestigieuses récompenses. Il a été proclamé numéro un mondial en 1968 par le Daily Telegraph et en 1975 par World Tennis Magazine. Il a également été le premier joueur à recevoir le titre de joueur de l’année décerné par l’ATP.

 

Manuel Orantes – Numéro 2 pendant 3 semaines

Manuel Orantes est tout simplement le premier numéro 2 mondial de l’histoire. C’est lui qui occupe cette place lors de la publication du premier classement ATP le 23 août 1973. Il est derrière Ilie Nastase, récent vainqueur de Roland Garros.

Ce sera la seule fois de sa carrière qu’il occupera cette place, mais y restera 3 semaines, le temps que le classement suivant soit publié. Même s’il ne parvient pas à revenir dans le trio de tête, il réussira de notables performances dans sa carrière : finale à Roland en 74, victoire à l’US Open en 75, et victoire aux Masters en 76.

Alex Corretja – Numéro 2 pendant 2 semaines

Le double-finaliste de Roland-Garros vient clore cette liste de grands noms du tennis. Il fait une courte intrusion dans le top 2 mondial en février 99, alors qu’il avait terminé l’année précédente numéro 3 après une victoire au Masters (il est d’ailleurs le seul espagnol avec Manuel Orantes à avoir remporté ce titre).

Alors que le début de l’année 1999 est très ouvert, Alex Corretja manque plusieurs occasions de se hisser au sommet de la hiérarchie. En mars il laisse son compatriote Carlos Moya devenir le premier espagnol numéro mondial de l’histoire, après une finale à Indian Wells.

Image Flickr, Not Enough Megapixels